Essai Volvo P1800![]()
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Elle a été dessinée chez Frua par un stagiaire suédois, mais cest bien le marché américain qui était visé. comme le souligne leffet daileron sur larrière. On retrouve sur ce modèle les attributs des premières séries, assemblées chez Jensen : pare-chocs à moustaches calandre proéminente ou enjoliveurs de roues soleil. |
La pureté nest pas la vertu essentielle de cette Volvo. Nez collé à la voiture, la multiplicité des baguettes, la ligne de flanc violemment rompue par le mouvement daileron, les détails saillants (petits feux arrière, calandre coupe-frites exorbitée, pare-chocs en double moustache) la P 1800 est un monument baroque, limite indigeste. Mais reculez dun ou deux pas, et lensemble vous semblera beaucoup plus séduisant. Un peu chargé sans doute, mais léquilibre général est respecté, avec ce tout petit habitacle posé entre un long capot encadré par ses ailes rondes et lélévation aérienne de larrière. Lattrait du mar-ché américain avait sûrement donné envie den rajouter un peu...
Georges Houzé, vice-président du Volvo Club de France, révèle un indice permettant de connaître le kilométrage réel de son auto: «Cest simple, observez les essuie-glaces à leur position de repos. Sur les voitures qui ont beaucoup roulé, celui de gauche ne vient plus se caler à lhorizontale le long du pare-brise. Il suffit de mesurer lécart pour connaître lâge de la demoiselle cest 5 cm par période de 100.000 km. A vous de deviner le kilométrage de la mienne...». Elle a 320.000 km et elle ne les fait pas, grâce à une restauration minutieuse.
Globalement, la finition est dun niveau élevé, il nest que de contempler le dessin strié des ma-nettes douverture des portières ou des manivelles de lève-vitre. Seule faute, le retour des montants de pare-brise laisse apparaître une tôle totalement nue. Un curieux oubli. Mais on pardonne tout en se laissant gagner par le charme kitsch et néanmoins sportif de lintérieur. Cela ne ressemble à rien de connu. Aucune trace de la rigueur germanique à base de noir omniprésent et daustérité généralisée: le simili des sièges est rouge, avec assise à trous-trous contrastée caramel, les panneaux verticaux de la planche de bord montrent un alu guilloché, coiffes par du simili noir sur deux étages. Le charme très particulier de cet intérieur fait penser aux publicités pour mobilier à la mode du début des années 60, la touche de sport en plus.
Pas trace non plus de lesbroufe à laméricaine, qui vous donne limpression de piloter un avion mais en mégotant chichement sur linstrumentation : Volvo a sorti le grand jeu, avec compte-tours, mais aussi thermomètre deau et dhuile (dans des cadrans rectangulaire dont les languettes montent et descendent en fonction de la température) mano de pression dhuile, montre et tutti quanti. Nota : cest joli, mais ça ne sert strictement à rien ; le premier qui a vu un bloc B 18 connaître des problèmes de pression ou de température dhuile ...
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La présentation gaie et originale de la planche de bord participe grandement à lattrait de lauto, de même que le très court levier au plancher. |
Elle na pas non plus le charisme sportif et cosy dune anglaise. Cest skaï et métal à tous les étages. Tout de même, les instruments Smiths, plus britanniques quElisabeth elle-même, sont alimentés par un faisceau électrique Lucas tandis que la boite sest adjointe les services dun overdrive Laycock-de-Normanville et que le quatre cylindres respire grâce à deux carburateurs SU. Pour un peu, elle aurait laccent. Mais voilà, elle est suédoise, donc inclassable.
Avec 100 ch SAE sous le capot, rendus de bonne grâce par un quatre cylindres dérivé dutilitaire dont la vertu première est dencaisser les kilomètres en négligeant de vous en tenir rigueur, on ne sattend pas à de fortes poussées dadrénaline en tournant la clé. Rassurant, régulier, le B18 ne déclenchera pas de tachycardies aigues chez son utilisateur. Cest un brave pourtant, comme le confirme Georges Houzé: «Il accepte tous les régimes sans jamais manifester ni mauvaise humeur, ni excès denthousiasme. A 1 500 tr/mn ou à 5 500 tr/mn, le bruit change, mais il répond avec sensiblement la méme bonne volonté».
On ne lambine pas dans la circulation actuelle, mais on négligera de saligner
pour le Grand Prix des feux rouges face à une GTi, même fatiguée. Lallant de la P
1800 saligne sur celui dune honnête familiale moyenne
daujourdhui. Que ce soit en ville ou sur autoroute, elle ne donne jamais
limpression de traîner, non plus quelle ne vous transporte vers le nirvana
automobile. Elle est là, pas ridicule, mais pas ostentatoire, tandis que le grognement un
rien rustique du quatre cylindres finira par agacer le mélomane.
Le vrai petit bijou de la demoiselle, cest sa commande de boîte. Le levier est à
peine long comme la paume de votre main. Cette sorte de stylo plantée dans le tunnel de
transmission vous donnerait envie de changer de rapport à tout bout de champ, pour le
plaisir...
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